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Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu


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Sansal, Boualem

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La petite ville d’Erlingen est l’archétype du fantasme de la Mitteleuropa : un bourg allemand typique, propret et prospère, aux mains d’une bourgeoisie régnante. Sa figure de proue est Ute Von Ebert, richissime femme d’affaires, à la tête de l’empire du même nom qui a des ramifications (nombreuses et variées, à commencer par la fabrication de légendaires biscuits) sur l’ensemble des cinq continents. Cette femme de caractère, désormais d’un certain âge, écrit régulièrement à sa fille Hannah, partie s’installer à Londres, des lettres dans lesquelles elle raconte son quotidien et les événements qui secouent sa ville natale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces événements sont de taille : Ute annonce dès la lettre qui ouvre Le Train d’Erlingen que la ville est sur le point d’être évacuée. La population attend un train que le gouvernement aurait affecté mais qui n’arrive pas. Il faut ajouter à cela qu’Hannah n’a aucune chance de lire les édifiantes lettres de sa mère, la poste ne fonctionnant plus – ce que sait parfaitement Ute qui poursuit pourtant sa correspondance. Comme elle l’explique, elle fera un paquet de ces lettres qu’elle cachera dans sa maison. Quelle étrange et terrifiante menace pèse donc sur la ville et ses habitants, voire sur le monde ? Cet explosif canevas de départ (qui convoque Kafka dès les premières pages, premier d’une lignée d’auteurs à traverser ce roman, parmi lesquels Henry David Thoreau ou Baudelaire) se double rapidement de notes pour un roman qu’écrit Ute, livre dans lequel elle veut raconter la saga de sa famille et la manière dont son ancêtre Ernst Hans-Gunther, dit Ernst le clodo, émigré aux États-Unis en 1830, a créé cette dynastie. Dès l’entame, la richesse du récit frappe (les événements précédemment cités nous sont révélés dès le démarrage du livre et vont être suivis de nombreux autres), de même que la force de ses rebondissements en forme de coups de tonnerre et sa vélocité. Ramassé sur 250 pages, avec ses chapitres courts et percutants, Le Train d’Erlingen est mené pied au plancher par un Boualem Sansal qui, loin de demeurer sur ses acquis, surprend une fois encore en portant sur notre société un regard à l’acuité corrosive. Il ancre ce nouveau signal d’alerte dans la meilleure des littératures, de celle qui convoque l’imaginaire pour mettre à nu la réalité.

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